Lorsque nous comparons deux concepts, deux stimuli, deux images ou deux formes, notre jugement des similarités n’est pas symétrique. De façon générale, nous préférons énoncer que le stimulus le moins saillant est similaire au stimulus le plus saillant (voir le billet Mon frère, Brad Pitt et la saillance). Dans le cas des stimuli visuels (i.e. des images ou des formes), que signifie être saillant ?
Tversky propose une expérience de comparaison de figures élémentaires . Des paires sont constituée d’une figure tirée d’un ensemble p et d’une figure tirée d’un ensemble q. Les ensembles sont ainsi constitués pour que la figure p ait une “meilleure forme” que la figure q, ou alors que les figures soient toutes deux de “bonnes formes” mais que la figure p soit plus “simple” que la figure q. Voici un exemple des figures utilisées:

Les figures de l’ensemble p sont à gauche et les figures de l’ensemble q à droite. Dans la première paire (en haut), la figure p est (censée être) une “meilleure” forme. Dans la seconde paire (en bas), la figure p est (censée être) de même qualité de forme que celle de droite, mais plus riche, plus compliquée.
Pour tenter de déterminer le sens de l’asymétrie dans le jugement de la similarité entre p et q, les paires sont présentées à des sujets. Les sujets devaient indiquer s’ils préféraient l’énoncé “la figure de gauche est similaire à celle de droite” ou “la figure de droite est similaire à celle de gauche” (les positions réelles des figures étant modifiées aléatoirement). Les résultats ont montré qu’une majorité de sujets sélectionnent l’énoncé du type “q est similaire à p“. Cela pourrait se traduire mathématiquement par la relation suivante (si s est une mesure de similarité) :
s(p, q) > s(q, p).
Tversky nous enseigne que la variation ressemble au prototype, plutôt que le prototype ressemble à la variation. Donc selon l’expérience ici décrite, la prototypalité augmente avec la qualité de forme et à qualité de forme équivalente, elle augmente avec la complexité. Ainsi la saillance d’une figure augmente avec sa “bonne” forme.
Il s’agit donc de savoir ce qu’est une bonne forme. Ce concept est issu de la psychologie de la forme qui nous indique, entre autre, qu’au cours du processus de perception il existe des formes meilleures que d’autres, de meilleure “qualité”. Le principal postulat de cette théorie (de la Gestalt) est la loi de la bonne forme. Un ensemble de parties informes (comme des groupements aléatoires de points) tend à être automatiquement perçu d’abord (automatiquement) comme une forme. Cette forme se veut simple, symétrique, régulière et stable : en somme une bonne forme. Il s’agit du concept de prägnanz. La saillance doit donc être dépendante de ces qualité (simplicité, symétrie, régularité, stabilité).
Kanizsa dans indique que le degré de prégnance est d’habitude considéré comme équivalent au degré de simplicité, régularité, stabilité, ordre, harmonie, homogénéïté. Une mesure de similarité visuelle devrait donc être fonction d’attributs incluant ces éléments.
FMN.
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A. Tversky, "Features of similarity," Psychological Review, vol. 84, pp. 327-352, 1977.
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Tags: Gestalt, image, prägnanz, saillance, similarité, Tversky